S'adapter à la retraite : Émotions et adaptabilité

Pensez à votre départ du nid familial ou au premier emploi que vous avez décroché. Vous avez peut-être aussi des souvenirs de votre arrivée, enfant, dans une nouvelle école. Vous souvenez-vous comment vous vous êtes senti alors? La plupart d’entre nous ont éprouvé des sentiments mitigés : enthousiasme devant la nouveauté, nervosité ne sachant pas si l’expérience ou les gens allaient nous plaire, et peut-être aussi un peu de tristesse pour ce que nous laissions derrière. Ce sont autant de sentiments normaux face aux changements qui surviennent dans nos vies.


Faire face au changement : L'histoire de Suzanne et George

De même, il arrive souvent que les personnes qui emménagent dans une résidence pour retraités soient habitées de divers émotions. Cela a certainement été le cas de George et Suzanne*. Au début, Suzanne était ambivalente à l’idée de quitter la maison où le couple avait vécu durant près de 50 ans. Elle savait qu’il y avait de très bonnes raisons de le faire : elle n’avait plus envie de cuisiner tous les jours et faire l’épicerie l’hiver devenait difficile. Elle et son mari trouvaient aussi que l’entretien de la maison était devenu pénible; ils se sentaient un peu isolés, car Suzanne n’était pas censée conduire. Pourtant, elle ne pouvait imaginer vivre ailleurs.

Le couple a finalement opté pour une résidence pour retraités et un mois après leur déménagement, je suis allée rendre visite à Suzanne. Autour d’une tasse de thé, elle m’a parlé des choses qui lui manquaient de son ancienne vie dans sa maison; en premier lieu, de la sensation de familiarité qu’elle avait perdue : elle avait tout de même vécu dans cette maison durant des dizaines d’années! Je lui ai assuré qu’il était parfaitement normal d’être un peu triste d’avoir quitté sa maison, car il s’agit d’une émotion naturelle à la suite d’un grand changement de vie.

Suzanne m’a ensuite confié tout ce qu’elle aimait vraiment de sa nouvelle vie en résidence. Elle ne craignait plus de glisser sur les marches en bois de l’escalier, elle aimait pouvoir bénéficier de délicieux repas qu’elle n’avait pas à préparer, et elle adorait descendre tous les matins prendre le thé et converser avec les gens. Elle avait déjà commencé à se faire des amis et à essayer de nouvelles activités.

J’ai pu rassurer Suzanne au sujet de ses émotions partagées — enthousiasme pour ce nouveau chapitre, mais aussi tristesse d’avoir clos le précédent —, car ceux-ci font partie intégrante de toutes les transitions que nous vivons. Cela ne voulait pas dire que la décision de déménager était mauvaise, seulement qu’il fallait un peu de temps pour s’y faire.

Ressources utiles

Accueillir un nouveau chapitre : S'installer dans une résidence pour retraités

Quand j’ai revu Suzanne quelques mois plus tard, elle avait le cœur beaucoup plus léger. Elle m’a parlé des nouveaux amis qu’elle s’était faits et des activités auxquelles elle participait. Elle faisait des sorties avec d’autres résidents et adorait être plus active. Elle semblait heureuse, et elle m’a avoué qu’elle ne s’était pas sentie aussi jeune depuis longtemps.

Certaines personnes ont besoin de plus de temps que d’autres pour passer d’un stade à l’autre d’une transition. C’est comme laisser aller un trapèze avant d’avoir attrapé l’autre. On s’élance avec espoir, mais on est quand même déstabilisé.

Selon mon expérience, les femmes et les hommes peuvent être aux prises avec des émotions différentes. Pour George, la plus grande difficulté était liée au fait qu’il avait le sentiment d’avoir échoué dans son rôle de pourvoyeur auprès de sa femme, parce qu’ils avaient dû quitter leur maison. Je lui ai demandé comment était Suzanne quand elle était plus jeune. Il a ri et m’a dit qu’elle était toujours en mouvement et avait beaucoup d’amis. C’était une personne très sociable. Je lui ai donc expliqué que je pensais qu’il avait été un merveilleux pourvoyeur pour sa femme, car elle ne pouvait plus être active et avoir de vie sociale dans son ancienne maison, mais qu’il avait réussi à lui procurer un endroit où cela était de nouveau possible. Aussi, il semblait que sa femme était heureuse de ne plus avoir à cuisiner ou à s’occuper des tâches ménagères. Puisqu’elle avait été une femme et une mère au foyer, c’était comme s’il lui avait fourni une « retraite » du rôle qu’elle avait eu dans leur relation, en leur offrant à tous deux une vie faite « sur mesure » pour eux.

George n’avait pas regardé les choses sous cet angle. À mesure que Suzanne devenait plus heureuse et plus active, il s’est rendu compte qu’il n’avait aucunement failli à son rôle : il leur donnait à tous deux la meilleure qualité de vie possible à cette étape de leur vie. Lui aussi a fini par s’adapter, et il a commencé à profiter pleinement de tout ce que leur résidence pouvait leur offrir.

Si vous envisagez de déménager dans une résidence pour aînés, vous vous demandez peut-être si vous pourrez vous adapter aussi bien que Suzanne et George. Pensez donc à d’autres étapes de votre vie et je parie que vous y trouverez de nombreuses transitions lors desquelles vous avez vécu des émotions mitigées, alors que vous fermiez un chapitre de votre vie pour en ouvrir un nouveau. Nous pouvons évoquer ces moments pour nous rappeler que nous sommes des êtres capables de nous adapter et que de nouvelles aventures nous attendent si nous restons disposés à accepter de vivre les sentiments partagés qui accompagnent naturellement tout changement.

* Les noms des personnes ont été modifiés par souci de confidentialité.

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