Conversations essentielles avec Dre Amy : Établir des plans de prestation de soins et des limites

Bon nombre de mes clients me disent que lorsqu’un aîné fait face à un besoin urgent, par exemple suite à une chute ou un séjour à l’hôpital, les membres de sa famille doivent consacrer beaucoup de temps et d’énergie à ses soins, souvent au détriment de leurs propres besoins. Les enfants d’âge adulte, les petits-enfants, les nièces ou les neveux s’absentent du travail, passent moins de temps avec leurs enfants ou font une croix sur leurs temps libres pour veiller à la santé et au bien-être de leur proche vieillissant.

À court terme, il peut être nécessaire et important que vous mettiez presque tout de côté pour prendre soin de votre proche, et ce, de façon volontaire. Mais il ne s’agit pas d’une option viable à long terme. Si votre situation ressemble à celle que je viens de décrire, je tiens à vous dire que, tôt ou tard, en tant que proche aidant, vous devrez rectifier le tir pour pouvoir vous consacrer à nouveau à d’autres sphères de votre vie. Il faut trouver des solutions appropriées pour tout le monde, y compris pour vous.

Sortir du mode « crise »

Il va de soi que les solutions doivent convenir à tous, mais quand il s’agit de prendre soin des leurs, les familles peinent souvent à faire la part des choses pour sortir du mode « crise ». Elles ont tendance à entrer dans un cycle vicieux et, au bout du compte, un ou plusieurs membres de la famille finissent par s’épuiser à la tâche. Il y a une multitude de raisons pouvant expliquer pourquoi ce genre de situation se produit. Le plus souvent, certaines familles ne savent pas qu’il existe des options qui permettront à leur proche de recevoir les soins dont il a besoin, tout en facilitant la tâche des proches aidants. Par exemple, un aîné vivant seul n’est pas forcément au courant des avantages de la vie en résidence. Dans une résidence, le personnel est présent sur place en tout temps pour veiller à la sécurité et à la santé des aînés. Ces derniers ont également accès à des services de soins personnels et peuvent se faire des amis tout en gardant le contact avec leur famille.

Dans d’autres cas, les enfants d’âge adulte s’épuisent à la tâche, parce que leurs parents s’attendent à ce qu’ils soient constamment disponibles et à ce qu’ils leur offrent tous les soins et le soutien nécessaires, même si ce n’est pas viable à long terme. Dans l’une des familles avec lesquelles j’ai travaillé, la mère ne pouvait plus accomplir les tâches liées à la vie quotidienne et avait besoin d’aide, notamment pour la préparation des repas, l’épicerie, les courses et le ménage. Ses enfants, qui vivaient tous à plus d’une heure de chez elle, travaillaient à temps plein et avaient eux-mêmes de jeunes enfants. Ils faisaient de leur mieux pour prendre soin de leur mère, mais avaient de la difficulté à subvenir à tous ses besoins et ses désirs. Une des filles, la principale proche aidante, était exténuée et déprimée, et a décidé de faire appel à des professionnels de la santé pour lui donner un coup de main. La mère les renvoyait systématiquement car elle était persuadée que ses enfants pouvaient s’acquitter des tâches nécessaires. C’était une situation difficile pour tout le monde.

Examiner les solutions

Dans ce genre de situation, il est crucial de prendre du recul et de se demander si les solutions adoptées permettent à tout le monde d’avoir une bonne qualité de vie. La vérité, c’est qu’une solution qui bénéficie à un membre de la famille aux dépens d’un autre n’est pas viable; il faut tenir compte des besoins de chacun. Dans cette famille, la mère avait du mal à accepter le fait que ses enfants ne puissent pas répondre à tous ses besoins, malgré leur bonne volonté. Parfois, tous les membres de la famille doivent avoir une conversation essentielle, ne serait-ce que virtuellement, pour que tout le monde comprenne qu’il faut trouver une nouvelle solution.

Fixer ses limites en tant que proche aidant

Les aînés ne sont pas tous prêts à accepter que leurs enfants ou leur famille ne puissent pas leur prodiguer tous les soins dont ils ont besoin. Certains n’accepteront que l’aide de leur famille et n’en démordront pas. Dans ces cas-là, en tant que proche aidant, vous devez fixer des limites claires quant à ce que vous pouvez faire. Établir des limites appropriées, ce n’est pas égoïste, c’est nécessaire pour votre bien-être.

Dans le cas de la famille avec laquelle j’ai travaillé, ces limites étaient importantes pour les enfants, et particulièrement pour la proche aidante principale. La fille a expliqué à sa mère qu’elle négligeait ses propres enfants et son travail en tentant de tout faire pour elle. De plus, sa voiture était vieille, et le trajet d’une heure tous les jours usait excessivement le véhicule. Cependant, malgré sa bonne volonté, elle ne pouvait plus maintenir ce rythme et avait décidé de dire à sa mère ce qu’elle pouvait raisonnablement faire pour l’aider. Malheureusement, celle-ci ne s’est pas montrée compréhensive et a insisté pour que sa fille prenne soin d’elle. Aussi difficile que cela pouvait être, sa fille est restée ferme sur sa décision et s’est vue peu après passer à travers sa fatigue et sa dépression. Voyant que sa fille ne s’occupait plus de tous ses besoins, la mère décida finalement d’envisager d’autres options, et un plan de soins convenant à tout le monde a finalement été établi.

Il est important de noter que, parfois, les gens ne se tourneront vers d’autres plans de soins que lorsque les membres de leur famille définissent clairement leurs limites, et ce, sans céder. En tant que proche aidant, le sentiment de culpabilité pourrait prendre le dessus à court terme, mais la situation sera plus viable à long terme. L’objectif, c’est toujours d’offrir les meilleurs soins possibles à votre proche, tout en permettant à chacun de jouir d’une bonne qualité de vie!