Les centres de soins de longue durée pendant la pandémie de COVID-19

Par Brent Binions
Membre du conseil d’administration et ancien président et chef de la direction de Chartwell, résidences pour retraités

Les centres de soins de longue durée de l’Ontario ont fait couler beaucoup d’encre pendant la pandémie de COVID-19. Cette dernière a fait plus de 1 800 victimes parmi les résidents des centres de soins de longue durée en Ontario, un chiffre tragique qui est inacceptable. Nous devrons nous améliorer à l’avenir et nous trouverons les moyens de le faire.

Une grande partie de ce qui a été écrit ou dit sur les événements n’est pas fondée sur les faits, mais plutôt sur les prises de position politiques de personnes et de groupes voulant parvenir à leurs fins. Je souhaite exposer les faits qui se cachent derrière les nombreux mythes qui ont été véhiculés.

Vous trouverez ci-dessous des données probantes qui montrent ce qui s’est réellement passé :

Mythe 1 : Les centres de soins de longue durée privés présentaient un risque plus élevé d’être touchés par une éclosion de COVID-19

La réalité

Dans une étude intitulée « For-Profit Nursing Homes and the risk of COVID-19 outbreaks and resident deaths in Ontario, Canada, » (Les centres de soins de longue durée à but lucratif et le risque d’éclosions de COVID-19 et de décès de résidents en Ontario, au Canada), dont Nathan Stall est l’auteur-ressource (le « rapport Stall »), il a été clairement établi que l’incidence d’une éclosion de COVID-19 dans un centre de soins de longue durée était corrélée à l’incidence de COVID-19 dans la région sanitaire entourant le centre de soins de longue durée.

Compte tenu du nombre de personnes (employés, visiteurs, spécialistes) qui se rendent chaque jour dans les centres de soins de longue durée, la conclusion ci-dessus est logique. Plus il y a de cas de COVID-19 dans la communauté entourant un centre de soins de longue durée, plus les résidents ou le personnel du centre sont susceptibles d’attraper la COVID-19. De plus, les données montrent clairement que l’incidence d’une éclosion n’est pas corrélée au type de propriété, qu’elle soit privée, municipale ou sans but lucratif. Elle est corrélée aux éclosions dans les communautés environnantes.

Qui plus est, le rapport Stall montre que l’incidence des éclosions était également corrélée à la taille des centres de soins de longue durée. Encore une fois, ce constat est logique. Environ 60 employés entrent dans un centre de soins de longue durée de 60 lits. Dans un centre de 200 lits, ce chiffre monte à 200 personnes. Plus le nombre de personnes entrant dans un centre est élevé, plus la probabilité d’une éclosion est grande.

Mythe 2 : Les éclosions qui ont touché les centres de soins de longue durée du secteur privé ont entraîné un plus grand nombre de cas de COVID-19 et de décès parmi les résidents, car les niveaux de soins sont plus faibles dans ces centres.

La réalité :

Il convient de diviser cette question en deux parties. Parmi les résidences qui ont été touchées par une éclosion de COVID-19, il est vrai qu’en moyenne, un plus grand nombre de résidents ont contracté la COVID-19 dans les centres de soins de longue durée du secteur privé que dans les centres municipaux ou sans but lucratif.

La deuxième partie consiste à comprendre pourquoi cela s’est produit.

Le rapport Stall montre clairement que le nombre plus élevé de résidents atteints de la COVID-19 par éclosion dans les centres de soins de longue durée privés payants est directement corrélé aux normes de conception plus anciennes, en particulier la présence de chambres à trois et quatre lits. 53,6 % des centres de soins de longue durée du secteur privé ont des normes de conception plus anciennes, contre seulement 18,5 % des établissements sans but lucratif et 11,9 % des établissements municipaux (voir le mythe 5 ci-dessous pour en connaître la raison). Il est à noter que 13 des 15 centres présentant les taux d’infection les plus élevés en Ontario étaient des établissements du secteur privé aux normes de conception plus anciennes.

Il serait utile de comprendre pourquoi ces anciennes normes de conception ont eu un tel impact sur la situation. Premièrement, la superficie totale moyenne par résident d’un établissement construit selon les nouvelles normes est d’un peu plus de 600 pieds carrés (55 mètres carrés) par résident. Dans un centre plus ancien, cette superficie est de 325 pieds carrés (30 mètres carrés) par résident. Il n’y a pas suffisamment d’espace pour placer les gens en isolement dans ces établissements. Et avec trois ou quatre personnes dans une même chambre qui partagent une salle de bain, il a été extrêmement difficile de freiner la propagation.

Ce manque d’espace a été exacerbé par le manque de compréhension à tous les niveaux concernant la façon dont le virus de la COVID-19 se propage. En février, mars et avril, les services de santé publique ne testaient généralement pas les personnes asymptomatiques. Il n’est pas clair que cette décision ait été basée sur l’idée que les tests de dépistage des personnes asymptomatiques n’étaient pas utiles, ou simplement sur le fait que les trousses de dépistage et les capacités de test n’étaient disponibles qu’en quantités limitées et que ces trousses étaient jugées prioritaires pour répondre à l’augmentation prévue de la demande de soins intensifs, qui ne s’est jamais produite.

Les résidents ne subissaient pas de tests tant qu’ils ne présentaient pas de symptômes et, lorsqu’une éclosion était déclarée dans un établissement, les résidents n’étaient soumis à aucun autre test, même s’ils présentaient des symptômes. Pendant cette période, des mesures de répartition en cohortes ont été mises en place, dans la mesure du possible, en fonction de l’apparition de symptômes. Il est donc fort probable que nous ayons regroupé par inadvertance des résidents asymptomatiques avec des résidents non infectés, ce qui a favorisé la propagation du virus.

À la fin d’avril et au début de mai, le gouvernement de l’Ontario a imposé des tests de dépistage pour tous les résidents et le personnel. On a constaté qu’il y avait de nombreux cas positifs asymptomatiques de COVID-19.

À un stade donné, au début des éclosions, certains services de santé publique indiquaient que les employés asymptomatiques pouvaient venir travailler même s’ils avaient obtenu un résultat positif à un test de dépistage de la COVID-19. On pensait que les personnes asymptomatiques ne pouvaient pas propager le virus. Cela s’est révélé faux.

Le rapport Stall n’a pas examiné le lien entre le moment où les éclosions se sont déclenchées et leur ampleur dans les établissements. Les exploitants peuvent clairement conclure, d’après leur propre expérience, que la gravité des éclosions dépendait en grande partie du moment où elles se sont produites. C’était souvent l’effet du hasard.

La grande majorité des établissements qui ont enregistré les pires résultats quant à l’ampleur des éclosions sont ceux qui ont été touchés tôt, lorsque nous ne comprenions pas encore que le virus pouvait se propager entre les résidents et entre le personnel et les résidents asymptomatiques. Pendant cette période, les masques n’étaient pas obligatoires (le port du masque universel a été rendu obligatoire le 9 avril 2020) et il y avait une importante pénurie d’ÉPI pour limiter la propagation.

Tous ces facteurs ont contribué à aggraver les éclosions dans certains établissements.

Autre remarque à ce sujet : le rapport Stall montre que le taux de décès parmi les résidents ayant contracté la COVID-19 était assez similaire pour tous les types de propriétés.

Taux de létalité

À but lucratif     27,5 %
Sans but lucratif     29,7 %
Municipal     25 %

Mythe 3 : Les exploitants privés payants ont rationné l’équipement de protection individuelle (« ÉPI ») parce qu’ils ne voulaient pas dépenser l’argent nécessaire pour en acheter davantage.

La réalité :

Tous les propriétaires et gestionnaires de centres de soins de longue durée en Ontario sont tenus de conserver les stocks d’ÉPI nécessaires pour un établissement pendant une éclosion normale de deux semaines. Ces stocks se sont révélés terriblement insuffisants pour faire face à la portée et à l’ampleur de la pandémie. Et la situation a été aggravée par les achats d’ÉPI générés par la panique dans le monde entier.

Les dépenses supplémentaires n’ont jamais posé de problème pour aucun centre de soins de longue durée, quel que soit le type de propriété. Ils n’avaient tout simplement pas accès à suffisamment d’ÉPI. Ils faisaient des offres pour des commandes passées par des gouvernements du monde entier. Le rationnement s’explique par la crainte légitime des exploitants de manquer totalement d’ÉPI. Il y a eu une pénurie de masques chirurgicaux, de masques N-95, de blouses et de visières. Et dans la mesure où ces articles pouvaient être achetés, ils ont été attribués en priorité non pas aux centres de soins de longue durée, mais plutôt aux services d’intervention d’urgence et de soins intensifs.

Certains syndicats se sont opposés au rationnement et il y a même eu quelques procès. Mais un exploitant ne peut pas donner ce qu’il n’a pas et ne peut pas acheter.

Durant cette période d’achats dictés par la panique, certaines grandes chaînes de résidences ont mis en commun leurs fonds pour passer une très grosse commande d’ÉPI. Lorsqu’elle est arrivée, elle a été partagée entre tous les propriétaires qui ont demandé l’accès aux stocks.

Toutefois, on constate qu’aujourd’hui encore, certains articles d’ÉPI sont difficiles d’accès, notamment les masques N-95.

Mythe 4 : Les exploitants de centres de soins de longue durée privés ont manqué de personnel pendant la crise parce qu’ils ne versaient pas à leurs employés un salaire assez élevé.

La réalité :

Cette question comporte plusieurs points qui doivent être discutés.

  1. Niveaux de dotation en personnel avant les éclosions;
  2. Taux de salaire du personnel;
  3. Recours à du personnel à temps partiel;
  4. Limites imposées aux employés à temps partiel travaillant dans plusieurs établissements de soins de longue durée.

a) Niveaux de dotation en personnel avant les éclosions :
Il ne fait aucun doute que les niveaux de dotation en personnel des centres de soins de longue durée de l’Ontario sont trop faibles depuis des années. Les besoins en soins des résidents ont continué d’augmenter et les niveaux de dotation en personnel n’ont pas été suffisants pour répondre à leurs besoins réels. En Ontario, le financement des services de soins infirmiers réside dans une enveloppe destinée aux soins infirmiers. Celle-ci comprend les fonds reçus par chaque centre pour ces soins. Le montant est déterminé par le gouvernement. Les exploitants dépensent ces fonds uniquement pour les services de soins infirmiers. Si l’argent n’est pas dépensé, il doit être restitué au gouvernement à l’issue d’un audit annuel.

De nombreux dossiers et études montrent que le montant de l’enveloppe des soins infirmiers est insuffisant pour répondre aux besoins en soins des résidents dans les centres de soins de longue durée.

Ce problème a été aggravé par une pénurie de préposés aux services de soutien à la personne (PSSP). De nombreux établissements manquaient de personnel avant l’apparition des éclosions. Cette pénurie a été causée en grande partie par un changement des normes de qualification des PSSP mises en place par le dernier gouvernement. Nos futurs employés n’ont pas un revenu disponible suffisant pour payer les frais de scolarité désormais obligatoires, plus six mois d’école. Un bien meilleur système serait basé sur un modèle de formation pratique : pendant chacune de leurs trois sessions, les étudiants passeraient un mois en classe, puis effectueraient trois mois de formation pratique dans un hôpital, un centre de soins de longue durée ou une résidence pour retraités. Une telle formation permettrait aux nouveaux employés d’être mieux préparés à exercer leur emploi à la fin de leur programme d’un an. De plus, ils seraient rémunérés pendant 9 de ces 12 mois, ce qui rendrait la formation plus abordable.

Pendant la crise, les propriétaires et gestionnaires ont été autorisés à faire appel à des assistants de soins aux résidents qui n’ont pas suivi de formation collégiale à la place des PSSP. Ces assistants ont fait du bon travail. Nous devons modifier notre système de qualification des PSSP afin de nous assurer que l’offre de travailleurs pourra répondre à la demande, à mesure que nous augmenterons nos niveaux de service aux aînés à l’avenir.

Les dernières données sur la dotation en personnel fournies par le ministère des Soins de longue durée datent de 2018. Tous les établissements répondent à des sondages sur la dotation en personnel chaque année. D’après les données de 2018, les niveaux de dotation en personnel pour les heures moyennes de soins directs par résident par jour étaient les suivants :

À but lucratif     3,18
Sans but lucratif     3,16 (combinaison des établissements municipaux et sans but lucratif)

Comme on peut le voir, l’utilisation des fonds fournis par le gouvernement pour les soins infirmiers directs s’est traduit par des niveaux de dotation en personnel légèrement supérieurs dans les établissements à but lucratif. Il convient de noter qu’en plus de ce financement gouvernemental, certains centres de soins de longue durée municipaux et sans but lucratif subventionnent leur personnel par le biais des taxes municipales ou de dons. Selon cette étude de 2018, en moyenne, ces subventions fournissent aux centres de soins de longue durée municipaux et sans but lucratif 5,9 % supplémentaires en flux de financement amélioré pour le personnel.

b) Taux de salaire du personnel
On a beaucoup parlé des emplois mal payés et au salaire minimum dans les centres de soins de longue durée, en particulier dans les établissements privés. Dans un centre privé, le salaire horaire d’un PSSP ayant deux ans de service est supérieur à 22 $ l’heure. Si l’on y ajoute les avantages tels que la rémunération des jours fériés et l’allocation pour les uniformes, entre autres, un PSSP gagne un peu plus de 50 000 $ par an. Ce montant est très proche du salaire moyen des employés en Ontario, qui est de 52 260 $ par an. Notons que les employés à plein temps des centres de soins de longue durée bénéficient également d’une couverture médicale complète, d’une assurance dentaire à 50 %, d’une assurance vie, d’une assurance-invalidité de courte durée, d’un régime de retraite avec cotisations de contrepartie à 4 %, et de 12 jours de congé de maladie par an. Dans ce secteur, les employés ne sont pas mal payés. Leur salaire est très proche de la moyenne de l’Ontario, avec de bons avantages sociaux.

c) Recours à du personnel à temps partiel
De nombreux articles suggèrent que les propriétaires et gestionnaires de centres de soins de longue durée font appel à des travailleurs à temps partiel parce qu’ils coûtent moins cher. C’est faux. Les travailleurs à temps partiel sont payés au même taux horaire que les travailleurs à temps plein et ils bénéficient de certains avantages, tels qu’une assurance vie, un régime de retraite avec cotisations de contrepartie à 4 % et trois jours de congé de maladie. Ils reçoivent également un supplément de 0,30 $ l’heure en lieu et place des autres avantages. Le coût réel pour l’employeur est assez similaire.

Le secteur fait appel à des employés à temps partiel parce qu’il fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Lorsque vous êtes ouvert tous les jours de la semaine, vos employés à temps plein effectuent 10 quarts de travail de 7,5 heures par période de 14 jours, soit 75 heures aux deux semaines (selon la définition d’un emploi à temps plein dans nos conventions collectives). Ils doivent travailler une fin de semaine sur deux. Les quatre quarts restants dans cette période de deux semaines sont assurés par un employé à temps partiel, qui travaille également une fin de semaine sur deux.

Chaque poste à temps plein correspond à un poste à temps partiel. Ainsi, 50 % des employés d’un centre de soins de longue durée travaillent à temps partiel. Notez qu’ils n’effectuent pas 50 % des heures. Celles-ci sont réparties à 71 % pour les employés à temps plein et 29 % pour les employés à temps partiel (les employés à temps plein occupent 10 postes sur 14 et les employés à temps partiel occupent 4 postes sur 14). De plus, les établissements ont besoin de davantage d’employés à temps partiel pour remplacer d’autres employés à temps plein et à temps partiel lorsqu’ils sont malades, en vacances ou en congé. Cela signifie que la plupart des établissements emploient environ 45 % d’employés à temps plein et 55 % d’employés à temps partiel.

Si vous donnez à un employé à temps plein deux postes à temps partiel dans un établissement, il devra travailler toutes les fins de semaine, car chaque poste implique de travailler une fin de semaine toutes les deux semaines. Cela constituerait non seulement une violation de nos conventions collectives, mais il est également très difficile de trouver des employés qui souhaitent travailler toutes les fins de semaine.

Il serait possible d’augmenter le pourcentage de travailleurs à temps plein en passant à des quarts de 12 heures ou en faisant travailler les employés à temps partiel deux fins de semaine sur trois. Les syndicats ont toujours rejeté ces options. De même, des journées de 12 heures pour les PSSP suscitent des inquiétudes chez les exploitants. Il s’agit d’un travail exigeant et stressant. L’âge moyen des PSSP du secteur des soins de longue durée se situe autour de 50 ans.

d) Limites imposées aux employés à temps partiel travaillant dans plusieurs établissements de soins de longue durée
Pendant les éclosions de COVID-19, le gouvernement a pris des mesures pour limiter la capacité des employés à travailler dans plusieurs établissements de soins de longue durée. À ce moment-là, cette décision était nécessaire. La principale cause des éclosions dans les centres de soins de longue durée a été l’introduction du virus dans les établissements par les employés et sa transmission à leur insu aux résidents et aux autres employés.

Un des principaux problèmes pendant cette période était le manque de tests de dépistage en temps voulu. Au début, les tests n’étaient effectués que pour les personnes présentant des symptômes. Nous savons maintenant que les porteurs asymptomatiques peuvent transmettre le virus et c’est effectivement ce qui s’est produit. Le personnel asymptomatique pouvait se déplacer d’un établissement à l’autre en propageant le virus. Une fois que nous avons commencé à effectuer des tests réguliers pour tous les employés, nous avons été dans une bien meilleure position pour limiter la propagation du virus.

Cette limite imposée aux employés travaillant dans plusieurs établissements a aggravé la pénurie de personnel qui existait avant les éclosions. À cela s’est ajoutée la perte de membres du personnel, qui ont dû s’isoler parce qu’ils avaient attrapé la COVID-19 ou y avaient été exposés, ou qui ont choisi de ne pas travailler parce qu’ils avaient peur, ou pour des raisons de garde d’enfants ou d’autres raisons personnelles. Cette situation a ainsi créé une crise au sein du personnel disponible.

Pendant les éclosions, il était possible de donner un poste à temps plein à tout membre du personnel à temps partiel pouvant se présenter au travail. Il viendra un temps où la situation se normalisera et tous les employés reviendront au travail. Les employés à temps plein reprendront leur poste à temps plein et les employés à temps partiel reprendront leur poste à temps partiel.

Si nous continuons de limiter les employés à un seul établissement, ils seront obligés de trouver un autre emploi non lié aux soins de santé pour payer leurs factures. Maintenant que les éclosions dans les centres de soins de longue durée sont sous contrôle, le risque de contracter la COVID-19 dans d’autres milieux de travail est le même ou plus élevé que dans les centres de soins de longue durée.

Si nous mettions en place des tests de dépistage hebdomadaires obligatoires en utilisant une procédure moins invasive que le prélèvement nasopharyngé, le fait d’avoir des employés travaillant dans plus d’un centre de soins de longue durée ne présenterait qu’un faible risque. Ces employés seraient testés deux fois par semaine, une fois par chaque employeur. Cela permettrait aux employés de travailler dans deux établissements de soins de longue durée et ainsi d’effectuer suffisamment d’heures pour subvenir à leurs besoins, plutôt que de les obliger à travailler chez un détaillant ou dans un restaurant pour obtenir un deuxième salaire moins élevé, où aucun test n’est effectué.

Mythe 5 : Parmi les résidents des centres de soins de longue durée atteints de la COVID-19, le Canada affiche un taux de mortalité moyen plus élevé que les autres pays.

La réalité

Dans le document intitulé « La pandémie dans le secteur des soins de longue durée : Où se situe le Canada par rapport aux autres pays? », l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) indique que le secteur des soins de longue durée du Canada a été particulièrement touché par la COVID-19 et que les décès dans les centres de soins de longue durée représentent plus de 80 % des décès dans le pays. Si ce chiffre est exact, la conclusion est sujette à interprétation.

Les données brutes fournies dans ce rapport sont basées sur les statistiques de la pandémie jusqu’au 12 mai 2020. Elles indiquent que le nombre moyen de décès dans des centres de soins de longue durée par million d’habitants dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) était de 112. Le Canada a certes fait moins bien que cette moyenne, puisque le nombre de décès dans des centres de soins de longue durée par million d’habitants était de 142, soit 126,8 % de la moyenne de l’OCDE. Toutefois, en dehors du secteur des soins de longue durée, le Canada a enregistré des résultats supérieurs à la moyenne. Le nombre moyen de décès dus à la COVID-19 par million d’habitants dans les pays de l’OCDE se chiffrait à 266. Le Canada n’en comptait que 176, soit seulement 66 % de la moyenne de l’OCDE. Compte tenu du taux de mortalité par million d’habitants nettement inférieur au Canada (66 %) et du taux de mortalité plus élevé dans les établissements de soins de longue durée (126,8 %), le pourcentage de décès dans ces établissements s’élève à 80,7 %, comme indiqué. Toutefois, ces chiffres sont principalement attribuables au taux de mortalité plus faible dans l’ensemble du Canada.

Il est à noter qu’au 7 juillet 2020, le nombre de décès par million d’habitants dans les centres de soins de longue durée en Ontario était de 120 (1 717 décès pour 14,3 millions d’habitants), ce qui est beaucoup plus proche de la moyenne de l’OCDE enregistrée deux mois plus tôt.

Le système de santé du Canada a fait un excellent travail pour les Canadiens en dehors du secteur des soins de longue durée. Pourquoi n’avons-nous pas obtenu les mêmes résultats dans ce secteur?

Comme nous l’avons vu plus haut, la structure physique de bon nombre de nos centres de soins de longue durée est une cause majeure de nos échecs. Les gouvernements précédents ont mis en place plusieurs programmes différents pour réaménager les anciens établissements, mais aucun d’entre eux n’a fonctionné car ils n’étaient pas viables financièrement. Le secteur a conseillé le gouvernement dans le cadre de nombreux rapports, mais les problèmes n’ont pas été résolus.

Si l’on remonte dans le temps jusqu’en 2000, le gouvernement conservateur avait mis en place un programme qui avait permis d’ajouter 20 000 nouveaux lits de soins de longue durée. Ce programme s’est déroulé sur 8 ans. Par contre, on discute peu du fait que le gouvernement conservateur avait également mis en place un programme pour reconstruire ce qu’on appelait alors les « établissements D ». Il s’agissait des établissements qui ne répondaient pas aux normes de 1972.

La plupart des établissements à but lucratif ont été construits après l’application des normes de 1972. Comme nous l’avons mentionné, ces normes, qui prévoyaient l’aménagement de chambres à trois et quatre lits, ne permettent plus du tout de répondre aux besoins des résidents d’aujourd’hui. La plupart des établissements D appartenaient à des organisations sans but lucratif et à des municipalités, car ils avaient pour mission de fournir des soins et des services aux aînés avant même que ces activités ne soient financées par le ministère de la Santé. Une grande partie de leur financement provenait du ministère des Services sociaux et communautaires. Le gouvernement conservateur a fusionné ces deux programmes au sein des ministères de la Santé et des Soins de longue durée en 1996 et a lancé le programme d’agrandissement et de rénovation en 1999.

Bien que le gouvernement ait déclaré son intention de poursuivre les programmes de réaménagement des établissements B et C, le nouveau programme mis en place par le gouvernement libéral n’a pas fonctionné. Seule une petite partie des établissements de ce type a pu être réaménagée (moins de 1 000 des 35 000 lits). Pourquoi? Parce que le financement impliquait que pour pouvoir réaménager leurs installations, les exploitants devaient faire un don important au système de santé de l’Ontario.

Comme le gouvernement contrôle la totalité des revenus des exploitants de centres de soins de longue durée, il lui incombe de mettre en place un programme permettant de réaménager tous les anciens établissements en fonction des nouvelles normes afin d’améliorer les protocoles de prévention des infections et d’isolement.

Le 11 septembre, le gouvernement de l’Ontario a annoncé des détails supplémentaires concernant la politique améliorée de financement de l’optimisation des immobilisations, ui supprime certains des obstacles importants au réaménagement de ces anciens établissements B et C.

Mythe 6 : Les exploitants de centres de soins de longue durée n’avaient ni besoin ni envie de recourir à une aide extérieure.

La réalité :

Au début des éclosions de COVID-19, tous les exploitants de centres de soins de longue durée recherchaient des conseils clairs, uniformes et précis. Cependant, nous avons reçu des consignes contradictoires de plusieurs sources, dont la santé publique, les hôpitaux et les gouvernements provinciaux et fédéral. Par exemple, les conseils sur la répartition en cohortes et le port du masque n’étaient pas uniformes au début.

Comme nous l’avons mentionné précédemment, il y a eu une grave pénurie d’ÉPI dans les établissements de soins de longue durée. Le gouvernement a tardé à apporter son aide.

L’insuffisance des tests de dépistage, leur manque de précision, l’absence de tests pour les personnes asymptomatiques et la lenteur extrême pour obtenir les résultats ont compromis encore davantage la capacité des exploitants de centres de soins de longue durée à fournir des services efficaces et à répondre à la menace de la pandémie.

Avec la perte de personnel mentionnée dans le mythe 4, les exploitants de centres de soins de longue durée avaient un besoin urgent en personnel. Il a fallu beaucoup trop de temps au gouvernement pour intervenir et mettre de côté les conventions collectives afin de pouvoir transférer le personnel des hôpitaux vers les centres de soins de longue durée, surtout lorsque les hôpitaux affichaient un taux d’occupation moyen de 65 %.

De plus, les hôpitaux fonctionnant à 65 % de leur capacité, il aurait dû être possible de transférer vers les hôpitaux les résidents atteints de COVID-19 vivant dans des centres de soins de longue durée, en particulier dans les anciens établissements comportant des chambres à trois et quatre lits où l’isolement était impossible. Cela aurait permis de freiner la propagation du virus dans ces établissements. Mais en général, cela n’a pas été fait. La majorité des centres de soins de longue durée ont été laissés à eux-mêmes.

Certains hôpitaux ont réagi à temps en fournissant du personnel ou en acceptant des résidents atteints de la COVID-19. Dans ces cas, les centres de soins de longue durée ont évité des pertes catastrophiques. Cependant, les établissements qui n’ont pas reçu d’aide à temps n’ont pas pu limiter efficacement l’impact du virus sur leurs résidents et leur personnel par leurs propres moyens, ce qui a conduit aux éclosions très médiatisées qui ont indigné les Canadiens à juste titre.

*Ce document a été élaboré par M. Binions pour Chartwell et le public afin de permettre de mieux comprendre les conditions qui ont précédé l’impact de la COVID-19 dans les centres de soins de longue durée et l’incidence des éclosions plus importantes dans certaines circonstances.


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