Conversations essentielles avec Dre Amy : Prendre soin de soi quand on est proche aidant

Êtes-vous un proche aidant dévoué qui prend soin d’un parent?

Rien n’est plus admirable que de consacrer son temps à un être cher vieillissant, mais il peut être important de prendre du recul pour voir si votre rôle affecte votre bien-être. Les recherches montrent en effet qu’être proche aidant peut avoir une grande incidence sur la santé et le bien-être. Par exemple, les aidants peuvent négliger les comportements préventifs à l’égard de leur santé par manque de temps (Schulz, 1997) et peuvent être plus vulnérables aux dépressions et aux problèmes de santé physique que le reste de la population (Pinquart et Sorensen, 2003; Vitaliano, Zhang et Scanlon, 2003).

Vous vous demandez peut-être comment prendre bien soin de quelqu’un d’autre tout en vous occupant de vous-même. L’une des façons d’y arriver est de trouver des solutions viables. Si un parent a besoin de soins en raison d’un changement soudain dans sa santé ou sa mobilité, le proche aidant passera probablement en mode « crise » pour gérer la situation. Cela peut vouloir dire de consacrer la plus grande partie de son temps et de son énergie à la prise en charge du parent. Rassembler ses ressources pour faire face à la situation est un réflexe normal en temps de crise et il est logique d’agir ainsi pendant une courte période.

Cependant, il ne s’agit pas d’une bonne stratégie à long terme, car cet état de crise finira par épuiser le proche aidant. Même si les soins dispensés semblent adéquats pour le parent, ils ne seront pas viables s’ils sont donnés au détriment du proche aidant. Au lieu de penser à la prestation de soins comme un coureur pense à un sprint, l’aidant doit plutôt y penser comme à un marathon. Il faut économiser son énergie et s’entraîner à prendre soin de soi pour pouvoir aller jusqu’au bout.

Pour éviter que vous ou un proche aidant de votre entourage ne soyez confronté à l’épuisement, commencez par évaluer la situation en répondant aux questions suivantes. En tant que proche aidant…

  1. Vous reposez-vous suffisamment?

  2. Mangez-vous sainement et faites-vous de l’exercice?

  3. Allez-vous chercher les soins médicaux dont vous avez besoin, comme vos bilans de santé?

  4. Arrivez-vous à obtenir suffisamment de répit pour profiter des autres aspects de votre vie?

En tant qu’aidant, vous pourriez avoir besoin de l’avis objectif d’une autre personne pour vous aider à bien évaluer votre situation. Lorsqu’on se dédie corps et âme à prendre soin d’autrui, il est parfois difficile de bien mesurer les répercussions sur sa vie.

Constater que vous négligez votre bien-être est signe qu’il vous faut apporter des changements à la situation dans laquelle vous vous trouvez pour en assurer la viabilité. Par exemple, il pourrait être bon de discuter des besoins de votre parent avec un professionnel ou une autre personne compétente qui peut vous aider à trouver des moyens de compléter les soins ou de les dispenser différemment. Par ailleurs, tous les soins supplémentaires n’ont pas à provenir de professionnels. Il est souvent possible d’impliquer davantage les amis et les autres membres de la famille pour qu’ils s’occupent d’une partie des soins ou vous offrent du répit, ce qui vous permettra de vous consacrer à d’autres aspects de votre vie.

Parfois, quelques semaines pour prendre du recul par rapport à votre rôle d’aidant suffisent à vous offrir un nouveau point de vue sur la situation. Il est aussi possible qu’une évaluation honnête faite avec un professionnel impartial, ou qu’une pause offerte par les soins de répit, vous mènent à la conclusion que des changements importants à la situation de soins s’imposent. Vous pourriez notamment envisager les soins de longue durée.

Je sais que de nombreux proches aidants se sentent extrêmement coupables quand vient le temps de trouver une autre formule de soins ou un autre hébergement. Si cela peut atténuer votre culpabilité, sachez qu’un tel changement peut parfois vous permettre, à vous et à votre famille, de passer plus de temps de qualité avec votre proche, car vous n’avez plus à veiller à ses soins personnels ni à ses repas. Dorénavant, le temps que vous passez ensemble tient davantage d’une relation mère-fille, père-fils ou grands-parents et petits-enfants, que d’une relation entre un proche aidant et un bénéficiaire de soins. Vous découvrirez peut-être que vous avez plus de temps à consacrer aux conversations et aux activités de qualité.

Lorsque vous évaluerez votre situation, n’oubliez pas de penser à la viabilité de votre solution et d’obtenir le point de vue objectif d’autrui. Vous pourrez ainsi déterminer ce qui est le mieux pour vous comme pour votre parent. Et rappelez-vous : votre bien-être est aussi important que les soins que vous prodiguez à quelqu’un d’autre. Il existe toujours une solution qui tient compte du bien-être de tous. Mon conseil? Prenez une grande inspiration et commencez à penser au long terme, plutôt que de continuer en état de crise.