Conversations essentielles avec Dre Amy : Que faire quand un parent vieillissant n’accepte pas de se faire aider

Je voudrais commencer en vous faisant part de la situation à laquelle fait face l’une de mes clientes avec un de ses parents vieillissants.

En allant voir sa mère chez elle, Diane* s’est aperçue que celle-ci avait plusieurs contusions importantes. Elaine* lui a expliqué qu’elle était tombée en sortant de la baignoire. Bouleversée, Diane a déclaré à sa mère qu’il fallait qu’elle s’appuie aux barres installées dans sa salle de bains et qu’elle devrait vraiment avoir quelqu’un avec elle pour l’aider quand elle prenait sa douche. Elaine a alors répondu qu’elle s’était débrouillée toute seule toute sa vie d’adulte et que ce n’était pas maintenant qu’elle allait se faire aider. Diane lui a rappelé que ce n’était pas la première fois qu’elle tombait, et lui a énuméré d’autres raisons pour lesquelles elle considérait que sa mère devait se faire aider afin d’assurer sa sécurité dans sa maison. À la fin de la discussion, Diane et Elaine étaient toutes les deux très contrariées et rien n’avait été résolu.

Diane a fait là l’expérience de ce que de nombreux enfants d’âge adulte ressentent quand ils parlent à leurs parents des risques pour leur sécurité : ils sont frustrés de constater que leur parent ne se rend pas compte à quel point sa situation comporte des risques et qu’il est important que certaines choses changent pour assurer sa sécurité. D’un autre côté, Elaine a vécu ce que de nombreux parents aînés perçoivent de leurs enfants quand ils leur parlent de leurs conditions de vie : ils ont l’impression que leur fils ou leur fille les infantilise et ne saisit pas vraiment les choses selon leur point de vue.

Il est important de comprendre certaines des raisons pour lesquelles un parent peut rejeter de l’aide, même quand il y va de sa sécurité immédiate. Ainsi, pour certains aînés qui souffrent d’un déclin de leurs capacités à fonctionner normalement, cette perte s’est faite très progressivement et ils n’ont peut-être pas encore réalisé que le moment est venu de se faire aider. C’est comme s’ils se percevaient toujours comme ils l’étaient dans leurs années de jeunesse. Dans d’autres cas, les personnes vieillissantes s’efforcent de maintenir leur indépendance, avec pour référence une définition de celle-ci qui ne correspond plus à leurs besoins ou à leur situation d’aujourd’hui. D’autres encore pourraient avoir peur que s’ils admettent avoir besoin d’aide, on commencerait à prendre des décisions à leur place et qu’ils perdront ainsi le contrôle sur leur propre vie. Enfin, certains craignent qu’accepter de l’aide ouvre la porte à une dégradation inéluctable de leur qualité de vie.

Il peut être utile de comprendre les raisons pour lesquelles vos parents hésitent à parler de leur besoin en matière d’aide. Il est souvent plus facile d’avoir de l’empathie quand on reconnaît ce qui se cache derrière un comportement qui paraît illogique, ou qui semble être de l’entêtement ou une résistance injustifiés. Les choses se présentent très différemment quand on les regarde du point de vue du parent.

L’étape suivante consiste à discuter avec votre parent d’une manière qui vous permet de vous sentir tous deux écoutés et compris. Cela vous aidera grandement à pouvoir élaborer ensemble des solutions acceptables pour les deux parties. Il est important d’aborder cette conversation en vous rappelant que la plupart des adultes sont très attachés à leur indépendance, parfois même malgré les risques que cela comporte pour leur sécurité. Voici une façon d’amorcer la conversation avec un parent, en commençant par reconnaître ce qui est important pour lui:

« Maman, j’aimerais discuter avec toi d’une chose à laquelle je pense beaucoup ces derniers temps. Tout d’abord, je voudrais que tu saches que mon but est de t’aider à conserver ton indépendance et ta qualité de vie. Je souhaiterais qu’on parle de la façon dont je peux contribuer à cela. J’ai remarqué des choses qui m’inquiètent un peu et j’ai l’impression que si on en parle et qu’on trouve ensemble des solutions, ta vie n’en sera que plus agréable. »

Cette approche permet souvent de désamorcer une attitude défensive de la part du parent, car on commence par ce qui est important pour lui. Tout le monde ne réagira pas favorablement à cette approche (ou à toute autre approche d’ailleurs), mais l’introduction proposée ici augmentera vos chances d’aboutir à une conversation productive. À mesure que la conversation progresse, il est capital de maintenir son calme, d’écouter ce que votre parent vous dit être important pour lui et d’essayer de percevoir ce qu’il tente d’exprimer au-delà des paroles. Vous pouvez formuler une hypothèse sur les motivations derrière les mots ou les comportements observés, d’une manière qui invite au dialogue. Par exemple, vous pouvez dire :

« Maman, je ne peux pas m’imaginer ce que tu ressens face à la perte de ton sens de l’équilibre. Je sais que tu veux rester indépendante, mais je suppose que tu dois aussi avoir tout le temps peur de tomber. Que penses-tu d’essayer de trouver ensemble des moyens d’assurer ta sécurité quand tu prends ta douche, pour que tu n’aies plus à t’inquiéter? »

Il est dans la nature humaine de vouloir prouver que notre point de vue est le bon et il faudra donc peut-être s’y prendre à plusieurs fois avant de parvenir à avoir des conversations avec votre parent où, au lieu de vouloir prouvez tous les deux que vous avez raison, vous vous concentrez sur des buts communs de sécurité, d’indépendance et de maintien de la dignité. Ces efforts seront amplement récompensés par tous les bénéfices que vous pourrez en retirer!

*Les prénoms ont été modifiés pour préserver la vie privée des personnes