Conversations essentielles avec Dre Amy : au-delà des suppositions

Je travaille auprès et avec les aînés et leurs familles depuis plus de 30 ans. Au fil du temps, j’ai remarqué à maintes reprises que les proches se basent sur des suppositions lorsque vient le temps d’aider un parent vieillissant à planifier ses besoins en matière de soins ou d’hébergement. En voici quelques exemples : 

Je suis sûr (ou je sais) que…

Ma mère va vouloir emménager avec moi maintenant que mon père nous a quittés.
Mon père a toujours dit qu’il voulait rester dans sa maison, quoi qu’il arrive.
Mes parents ne voudront jamais vivre dans une résidence pour retraités. Ils aiment trop leur intimité pour vivre en compagnie d’autres personnes.  
Mes parents sont très attachés à la maison dans laquelle ils ont élevé mes frères et moi; ils vont vouloir y rester. 
Si mes parents ont besoin de soins, ils voudront que ce soit uniquement la famille qui s’en occupe. 

D’où viennent ces suppositions

Il est parfois difficile de réaliser que nous supposons des choses sans vraiment les avoir vérifiées. Après tout, nous connaissons extrêmement bien nos parents pour les avoir côtoyés toute notre vie; c’est un des aspects merveilleux de cette relation. Nous avons vécu tant de choses ensemble que nous croyons pouvoir anticiper leurs pensées et leurs réactions dans diverses situations, et c’est à ce moment que les suppositions apparaissent. 

L’importance des conversations essentielles

Je passe le plus clair de ma vie professionnelle à encourager les gens à avoir ce que j’appelle des « conservations essentielles » ou à les guider durant ces conservations. Celles-ci consistent à aborder avec les personnes qui comptent le plus pour nous les sujets les plus importants dans nos vies. Elles sont un antidote aux suppositions qui empêchent une bonne planification des vieux jours de nos parents. J’incite les gens à avoir ces conversations, car je sais qu’elles déboucheront probablement sur des plans qui répondront le mieux aux besoins de tous.  

Cela dit, l’exercice ne se résume pas à une simple discussion avec nos parents et nécessite une approche quelque peu différente. Pour avoir une conversation essentielle, nous devons d’abord mettre de côté nos suppositions et prêter une « nouvelle oreille » à nos parents, un peu comme si nous les rencontrions pour la première fois. Après nous être délestés des filtres provenant de notre vécu commun, nous serons peut-être surpris de ce que nous apprendrons sur nos parents.  

Par exemple, beaucoup de gens découvrent que leur parent, qui avait pourtant toujours insisté sur le fait qu’il voulait demeurer dans sa maison des dernières décennies, est maintenant très ouvert à l’idée de vivre en résidence. Il y a souvent un important décalage entre l’idée que se fait une personne de sa vie lorsque son conjoint sera décédé ou lorsqu’elle arrivera à une nouvelle étape et ce qui se passe en réalité à ce moment-là. Il ne faut pas oublier que son point de vue peut changer dans ces circonstances. Il faut aussi garder à l’esprit que les gens changent et continuent d’évoluer au fil du temps. Il est donc important d’accorder à nos parents la marge de manœuvre voulue et de ne pas leur en tenir rigueur s’ils changent d’avis. 

Comment aborder une conversation essentielle

Comment discuter avec vos parents de soins ou d’hébergement? Une des meilleures entrées en matière est de leur dire que vous désirez favoriser leur autonomie et leur qualité de vie à mesure qu’ils avancent en âge, et que vous aimeriez discuter avec eux de la meilleure manière d’y arriver. Ensuite, demandez-leur ce qu’ils envisagent pour leurs vieux jours. Si vous jugez que vos parents ne sont pas réalistes dans leurs souhaits, il vaut mieux les laisser terminer avant d’exprimer votre point de vue. Durant cette conversation initiale, vous pourriez même décider d’écouter tout simplement et de reconnaître leurs besoins et leurs désirs. Vous pourrez revenir sur la question à un autre moment pour leur faire part de votre opinion et de vos inquiétudes en tâchant de ne pas oublier qu’il s’agit de leur vie et qu’ils ont le droit de faire leurs propres choix. 

Vous constaterez peut-être que vos parents ont besoin de mieux comprendre les options qui s’offrent à eux avant de décider ce qui leur convient le mieux. Vous pourriez peut-être visiter des résidences avec eux ou explorer les autres possibilités qui les intéressent.  

Je suis convaincue que le sentiment d’être écouté et compris fait partie des besoins essentiels de l’être humain; l’assentiment de la personne n’est pas nécessaire, le sentiment qu’elle écoute et comprend est suffisant. Or, le seul moyen d’y arriver consiste à se défaire de ses suppositions et à écouter différemment. Lorsque nous y parvenons, les plans échafaudés durant ces conversations essentielles sont plus susceptibles de plaire à tous.